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Obusier allemand de 380 mm

Coucy-le-Château-Auffrique Aisne Hauts-de-France

Près de Coucy se situe l'emplacement d'un obusier de 380 mm. Désigné longtemps à tort comme celui qui a tiré en 1918 des obus de 125 kg sur Paris, y semant l'effroi dans la population...

Sur la route de Blérancourt à Coucy, au bois du Montoir, à 2 km du château, se situe l'emplacement d'un obusier de 380mm, que l'on a désigné longtemps, à tort, comme celui qui a tiré en 1918 des obus de 125 kg sur Paris, y semant l'effroi dans la population.

 

Rares sont les armes qui, du statut d'objet guerrier, ont atteint sur leur nom un tel degré de vulgarisation. Plus qu'une pièce d'artillerie, la "Grosse Bertha" est devenu un personnage emblématique.

Tapi sous les arbres du bois "Le Montoir", gît en effet depuis près d'un siècle un étrange théâtre à ciel ouvert: Un monument de béton érodé et d'acier oxydé. On croirait découvrir les vestiges des gradins et d'une scène d'un très ancien hémicycle conçu pour le spectacle. En traversant les lieux, on en perçoit encore l'écho des lointaines tragédies...

 

Une chambre souterraine contient la carcasse du moteur électrique qui fut nécessaire à chaque acte: Un moteur de près de 220 tonnes pour la manoeuvre de l'engin. Une portée de près de 40 kilomètres, un tube de 17 mètres de long, l'énorme pièce d'artillerie avaient été installée par l'armée allemande début 1915 pour atteindre à grande distance d'importants lieux stratégiques. Il semblerait que Compiègne, Villers-Cotterêts et Oulchy-le-Château aient été des cibles privilégiées : Les villes faisaient partie de l'itinéraire de ravitaillement du front français.

 

Ce canon était une pièce maîtresse pour l'armée allemande. L'état-major d'Hindenburg l'estimait si précieux qu'il en avait fait construire à quelques kilomètres une réplique en bois, longée par une fausse voie ferrée, pour tromper l'aviation ennemie. A lui seul, le leurre avait réquisitionné plusieurs centaines de prisonniers russes. L'importance était telle, que pour éviter un repérage du canon par le bruit ou la fumée, on synchronisait chaque tir avec l'explosion de tonneaux de poudre placés près du canon "sosie" !

 

Le camouflage semble avoir été une réussite. Le célèbre aviateur Guynemer rapporte dans une lettre sa mission: "L'ennemi a bombardé Villers-Cotterêts avec une pièce à longue portée qu'il s'agit de repérer". Cependant, début 1917, l'armée allemande va devoir se replier. Les troupes françaises découvrent les lieux, mais point de canon? Celui-ci a probablement été démonté pour ne pas tomber dans les mains adverses. Le canon de Coucy-le-Château n'en a pas fini avec la légende?

 

Son emplacement, et son orientation vers le sud, ont parfois laissé croire qu'il s'agissait du canon qui avait bombardé Paris. En réalité il s'agissait d'un autre canon, aux performances exceptionnelles, réalisé en plusieurs exemplaires, et qui transitait par voie ferrée; il était acheminé en pièces détachées puis remonté au fur et à mesure de l'avance des troupes. Ce canon géant, appelé aussi "Canon de Paris", fut surnommé à tort la "Grosse Bertha". En réalité, il ne s'agit ni du "Canon de Paris", ni même du mystérieux canon de Coucy, mais d'un canon de série, plus modeste quoique de gros calibre. Il avait acquis son surnom de "Grosse Bertha" conformément à une tradition des ateliers Krupp:

On baptisait avec le prénom d'un des membres de la famille certains canons conçus dans l'usine. L'adjectif "grosse" avait été ajouté car il s'agissait simplement d'une arme de gros calibre. La légende de la "Grosse Bertha", sa renommée et l'appropriation à tout va de son nom, ne tient finalement qu'à l'adhésion populaire à un simple sobriquet. Peut-être une manière inconsciente de prendre de la distance avec les actes tragiques de l'histoire. La ville de Coucy fut particulièrement victime de la Grande Guerre. Le donjon du château lui-même n'échappa pas aux ravages puisque les troupes allemandes le firent exploser, l'endommageant gravement.

Source : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/coucy